Par Robert Jules

Le Premier ministre grec, Lucas Papademos, a fini par mettre autour d'une table les ténors des partis qui soutiennent son gouvernement d'union nationale. L'enjeu : faire accepter de nouvelles mesures de rigueur exigées par les créanciers pour obtenir une aide vitale au pays.

Pour la troisième fois cette semaine, le Premier ministre grec Lucas Papademos a tenté d’obtenir des leaders des partis de la coalition qui le soutiennent d’accepter les nouvelles mesures de rigueur exigées par les bailleurs de fonds internationaux (Banque centrale européenne (BCE), Commission européenne et Fonds monétaire international (FMI)), condition nécessaire pour l’obtention d’un deuxième plan d’aide de 130 milliards d’euros. La Grèce est en effet dans l’incapacité de revenir sur les marchés financiers pour emprunter.

Cette tergiversation des partis – les conservateurs de la Nouvelle Démocratie, les socialistes du Pasok, et l’extrême droite représentée par Laos – a bien sûr des ressorts politiques, avec pour enjeu les élections législatives prévues en avril. Mais cette myopie partisane pourrait avoir des conséquences dangereuses pour le pays, qui doit honorer le 20 mars des échéances de dettes d’un montant de 14,4 milliards d’euros. Sans le déblocage d’une tranche de l’aide, le pays n’aurait d’autre solution que de faire défaut sur sa dette souveraine, déclenchant les assurances (CDS) qu’ont prises les détenteurs de titres.

350 milliards d'euros de dette

L’Europe est suspendue à cet accord politique. Ce jeudi une réunion de l’Eurogroupe est prévue en fin d’après-midi à Bruxelles, avec à l’ordre du jour l’analyse de la situation de la république hellénique. Le débat sur la sortie de la Grèce de la zone euro évoquée par plusieurs responsables européens et qui a alimenté les rumeurs a trouvé son point d’orgue mercredi avec une déclaration de la chancelière allemande : « Nous voulons que la Grèce reste dans l’euro. Je ne ferais pas partie de ces gens qui disent des choses qui accentuent la pression en faveur d’une sortie du pays de la zone euro », a affirmé Angela Merkel, ajoutant que cela « aurait des conséquences imprévisibles pour le reste de l’Europe ».

Ce jeudi, selon l’AFP, le comité des créanciers privés de la Grèce tiendra une réunion à Paris pour analyser le contenu des dernières propositions. Le scénario retenu pour une restructuration de la dette grecque prévoit désormais , selon plusieurs sources, une perte d'environ 70% pour les créanciers privés et un rendement de 3,6% sur les nouveaux titres à 30 ans donnés en échange.

L’agence de notation Standard & Poor’s a d’ores et déjà averti que la décote de 70% ne suffira pas pour ramener la dette grecque – qui avoisine les 350 milliards d’euros, soit quelque 150% du PIB – à un niveau susceptible de pouvoir se sortir le pays de l’ornière.

La BCE pourrait céder ses titres grecs

Autre débat, et non des moindres, qui agite les créanciers institutionnels. Ainsi, au sein de la Banque centrale européenne (BCE), si officiellement, il est exclu d'accepter une décote des emprunts grecs qu’elle détient, en revanche, sont étudiées d’autres possibilités comme par exemple la restitution à Athènes des plus-values perçues sur les obligations grecques qu'elle détient, ce qui lui permettrait de contourner l'interdiction de financer directement des Etats.

Mais, là aussi, les avis divergent au sein de l’institution. Selon d’autres sources, la BCE pourrait céder ses titres grecs au FESF au prix d’achat. Le Fonds aura ensuite à charge de restituer avec une décote ces titres à Athènes. Mais une telle construction nécessiterait l’accord du conseil des gouverneurs de la BCE. Et là encore, l’issue des discussions est incertaine.

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